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LA GARDE RAPPROCHEE DE ZEMMOUR

jeudi 21 octobre 2021

Papier de Mediapart long et instrructif

L’équipe de campagne d’Éric Zemmour : le listing secret
20 OCTOBRE 2021 PAR LUCIE DELAPORTE ET MARINE TURCHI

Un document confidentiel que Mediapart s’est procuré dévoile une équipe de campagne de onze personnes au service du futur candidat : ex-collaborateurs LR, ancien cadre du mouvement de Bruno Mégret, militants de La Manif pour Tous, attachée de presse des éditions Ring, journaliste à RT France, mais aussi un banquier ou des spécialistes d’intelligence économique. Sous la supervision de Sarah Knafo, ils s’activent déjà « dans l’ombre ».

Si Éric Zemmour n’est pas officiellement candidat à l’élection présidentielle, il a bien une équipe de campagne. Un listing confidentiel que Mediapart s’est procuré, daté du 4 octobre, dévoile une équipe de onze personnes, bien plus étoffée que les quelques noms qui ont jusqu’à présent filtré dans la presse (parmi lesquels sa conseillère Sarah Knafo).

Ces petites mains ne s’affichent pas forcément aux côtés du polémiste dans ses meetings. Elles s’expriment encore moins dans les médias. Mais en coulisses, elles s’activent pour leur candidat. Elles sont issues d’horizons divers : un ancien cadre du mouvement de Bruno Mégret (l’ancien numéro deux du Front national parti créer son parti en 1999), d’ex-collaborateurs LR, des militants de La Manif pour tous, une attachée de presse des éditions Ring, un journaliste de la chaîne russe RT France, un banquier ou des spécialistes de l’intelligence économique.

Cet « organigramme » officieux est conforté par des témoignages – internes et externes – recueillis par Mediapart. Aucune de ces onze personnes n’a démenti nos informations. Certaines ont confirmé leur rôle ; la plupart ont déclaré n’avoir aucun commentaire à faire, ou précisé qu’en l’absence de candidature officielle de l’ancien journaliste du Figaro, elles n’étaient pas habilitées à s’exprimer. « L’organigramme est en cours de structuration. Il n’y a pas encore eu de nominations officielles », a par exemple répondu Albéric Dumont, chargé des questions de sécurité dans l’équipe.

Sarah Knafo (directrice de campagne)

Sarah Knafo est la pièce maîtresse de la campagne d’Éric Zemmour qu’elle organise, en coulisses, depuis fin 2019. Cette énarque de 28 ans, militante souverainiste, orchestre la mise en place des équipes sur le terrain depuis un an. Rien ne se fait sans son aval.

À Sciences Po, elle étoffe son réseau parmi la famille souverainiste et se rapproche notamment de Henri Guaino. Elle partage avec Marion Maréchal de proches amis communs : Jacques de Guillebon, directeur de L’Incorrect et directeur d’études à l’Issep (l’institut fondé par l’ancienne députée FN), mais aussi Erik Tegnér, fondateur du média Livre noir. Elle a co-organisé avec eux la convention de la droite en septembre 2019, lors de laquelle Éric Zemmour avait tenu un très violent discours contre l’islam et les musulmans – ce qui a valu à ce dernier une condamnation en première instance, puis une relaxe.

Forte de ses réseaux dans la haute fonction publique, elle met aujourd’hui tout son entregent au service de la campagne d’Éric Zemmour. Contactée à plusieurs reprises par Mediapart, elle n’a pas répondu.

Grégoire Dupont-Tingaud (responsable maillage territorial)

C’est l’un des anciens cadres mégrétistes qui entourent Éric Zemmour. Grégoire Dupont-Tingaud, 52 ans, apparaît dans le listing de l’équipe Zemmour comme « responsable maillage territorial ».

Cet officier de réserve fut, durant ses études, en 1994, candidat aux élections du Crous sur la liste du Renouveau étudiant parisien (REP) aux côtés de militants issus du GUD (Groupe union défense), puis membre du Front national de la jeunesse (FNJ) et du MNR (Mouvement national républicain) de Bruno Mégret. Il est décrit par plusieurs sources comme un personnage d’une « discrétion absolue », de ceux qui ne se mettent « pas en avant dans les organigrammes, ou alors sous pseudonyme », et « indissociable » de l’idéologue identitaire Jean-Yves Le Gallou, dont il fut durant de longues années le bras droit et son directeur de cabinet au MNR. En 2002, il a quitté avec lui le parti de Bruno Mégret pour créer, avec d’autres ex-mégrétistes, la fondation Polémia, qui organise chaque année la cérémonie des « Bobards d’or ».

Lui qui se destinait à une carrière de militaire s’est spécialisé dans le domaine de l’intelligence économique. Il a d’abord évolué au sein de la région Île-de-France, où il fut responsable IES (Intelligence économique et stratégique) à la direction du développement économique (2007-2011). Puis il est devenu directeur des opérations dans un cabinet de communication (2011-2014). Parallèlement, il a aussi créé sa propre société, Telos Intelligence (2004), spécialisée « dans le conseil et l’accompagnement en diplomatie d’entreprise, stratégie et communication d’influence ». Il est aujourd’hui directeur général de Pôle vérification, une filiale dans le secteur de la prévention des risques dirigée par François-Xavier Sidos (ancien conseiller de Jean-Marie Le Pen et l’un des lieutenants du mercenaire Bob Denard).

Sous le pseudonyme de « Grégoire Gambier », il poursuit son engagement à l’extrême droite. Il est délégué général de l’Institut Iliade, héritier du GRECE, le Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne, fondé en 1969 pour incarner une « Nouvelle droite » identitaire, prônant la différence entre les peuples. « L’usage des “blazes” est une coquetterie qui n’est pas réservée aux militants de gauche », réagit Grégoire Dupont-Tingaud, questionné par Mediapart.

Qui l’a sollicité pour intégrer l’équipe de campagne d’Éric Zemmour ? « J’ai vu de la lumière, je suis entré », répond-il, en précisant être actuellement « en congé de [ses] responsabilités professionnelles et engagements associatifs », « pour convenance personnelle ». Dans un second message, il minimise son rôle, parlant d’un « coup de main » donné « pendant [ses] loisirs » et dénonce des « informations parcellaires issues de documents volés, qui peuvent n’être que des brouillons sans importance ».

Pierre-Alexandre Ferletic (coordinateur recrutement cercles de réflexion)

Diplômé de Sciences Po Paris en 2015, Pierre-Alexandre Ferletic travaille depuis un an pour la chaîne russe RT France, comme « journaliste Web ». Il livre des analyses sur des sujets numériques ou financiers, tels que le succès des crypto-monnaies.

Auparavant, il a travaillé comme « consultant externe » pour Avisa Partners, société d’intelligence économique et de cybersécurité, avant de collaborer en 2019 au site de débats et réflexions sur l’actualité économique Confluences.

Il y a quelques années, il évoluait dans la sphère politique : d’après sa page LinkedIn, il fut successivement collaborateur parlementaire à l’Assemblée en 2017, stagiaire à la commission des finances en 2014 et stagiaire au cabinet du maire de Lambersart (Nord) en 2014. Dans le listing de l’équipe d’Éric Zemmour, il apparaît comme « coordinateur recrutement cercles de réflexion ».

Contacté par Mediapart, il n’a pas donné suite mais a prévenu son employeur, RT France, de notre sollicitation. Lorenzo Ricci, responsable communication de la chaîne, a fait savoir à Mediapart que le journaliste les avait « informés il y a quelques jours qu’il avait l’intention de participer à la future campagne d’Éric Zemmour ». « On lui a dit qu’à ce stade, tant qu’il faisait ça dans son temps libre, qu’il était pro, [pour] nous, pour l’instant il n’y avait pas de souci. On a aucune raison de douter qu’il soit factuel et professionnel dans son travail. S’il faisait ça pour le PS, LREM ou EELV, l’UPR ou LR, ce serait pareil pour nous. Tout le monde peut avoir les opinions politiques qu’il veut. Si c’est un nouveau job, on verra le moment venu. »

Jonathan Nadler (coordinateur du programme)

Passé successivement par les banques Société générale, Rothschild, le Crédit suisse et JP Morgan, Jonathan Nadler rédigeait jusqu’à présent « des notes d’analyse économique », selon un financier de la sphère Zemmour. Radio France avait révélé, en septembre, qu’il travaillait sur le programme économique. Dans le listing, il figure comme « coordinateur du programme ».

Joint par Mediapart, il a répondu n’avoir « aucun commentaire à faire ».

Samuel Lafont.
Collaborateur de la sénatrice LR des Français de l’étranger, Joëlle Garriaud-Maylam, celui qui se présente comme conseiller « en stratégie de communication » a pris les commandes de la communication numérique d’Éric Zemmour.

Âgé de 33 ans, Samuel Lafont a étudié à l’école de commerce Essec et à l’université de la Sorbonne. Ancien membre du bureau national de l’UNI (syndicat étudiant de droite) et ex-militant de l’UMP, il a émergé au moment des manifestations contre le « mariage pour tous », et notamment de sa frange radicale, le « Printemps français », en 2012-2013. En 2014, il fut tête de liste aux élections européennes pour le mouvement de Christine Boutin. Il fut ensuite successivement chargé de communication au sein de l’association libérale Contribuables associés (2014), puis au conseil régional d’Île-de-France (2016).

En 2017, il a participé à la campagne présidentielle de François Fillon, au sein du pôle « société civile ». Il a alors fondé le site Damoclès, « pour permettre aux Français de reprendre le pouvoir » par « la reprise du contrôle de l’information ». Dans ce projet, il a été assisté de Samuel Goujon, le créateur du site antisémite « Ils sont partout », qui recense les personnalités juives. Sur les réseaux sociaux, Samuel Lafont s’est illustré au fil des années par la diffusion de fake news : des images manipuléespendant les manifestations anti-mariage pour tous en 2013 ; ou encore la diffusion d’une intox concernant un prétendu compte caché d’Emmanuel Macron en Suisse, en 2017.

Le jeune homme possède un « trésor de guerre » issu de son engagement dans La Manif pour tous. Année après année, en lançant des pétitions en ligne sur ses sujets fétiches (l’immigration, l’islam), il a collecté près de 800 000 adresses mails de sympathisants d’une droite dure, comme le racontait récemment Mediapart. « Les soutiens de Zemmour en ligne n’hésitent pas à recourir à l’astroturfing [l’ensemble des techniques permettant de simuler un mouvement de foule sur un réseau social – ndlr]. La même personne crée plusieurs comptes Twitter avec des noms différents. On relève des comptes de soutien à Zemmour qui publient le même message à la même heure », nous avait expliqué l’animateur du compte Twitter @_Osint_, qui tient à garder son anonymat.

Questionné par Mediapart au sujet des techniques d’astroturfing, Samuel Lafont a répondu qu’il s’agissait « de grands mots pour des gens qui n’y connaissent rien ». Au sujet des infox qu’il a relayées par le passé, il rétorque que la question « n’est pas intéressante ». Concernant son rôle dans l’équipe Zemmour, il répond que celui-ci est « public ».

Albéric Dumont (sécurité)

Vice-président de La Manif pour Tous, Albéric Dumont est responsable du pôle « sécurité » au niveau national. Fondateur de la société de sécurité Ultreïa, il intervient sur CNews tantôt en tant que fondateur d’Ultreïa, spécialiste de la « sécurité des lieux de culte », tantôt en tant que représentant de La Manif pour tous.

Contributeur régulier de Valeurs actuelles, il est aussi un adepte des actions coups de poing contre la PMA et la GPA ces dernières années. Le collectif « Marchons enfants » auquel il participe a réuni les historiques de La Manif pour tous mais aussi toute une galaxie de mouvements de l’extrême droite radicale, comme les intégristes de Civitas ou le mouvement xénophobe de la Ligue du Midi.

En 2019, lors d’une manifestation contre la PMA, une équipe de journalistes de « Quotidien » est agresséeau sein d’un cortège et son matériel est détruit par Hervé Ryssen et Yvan Benedetti, deux figures de l’ultra-droite. Albéric Dumont, coordinateur national, affirme alors que ces violences ont eu lieu en dehors du cortège, contrairement aux déclarations des journalistes de TMC. Lors des rassemblements contre le mariage pour tous, il avait refusé un contrôle de police, estimant la liberté de manifester bafouée (voir ici la vidéo).

Contacté par Mediapart, Albéric Dumont a d’abord expliqué lundi n’être « pas habilité à répondre » sur son rôle dans l’organigramme. Il a finalement reconnu être « prestataire » pour la sécurité de l’équipe Zemmour. « J’ai un contrat depuis septembre avec mon entreprise », détaille-t-il.

Diane Ouvry (presse, Les Amis d’Éric Zemmour)

À la rentrée 2021, son nom est apparu dans les courriels adressés aux maires par Les Amis d’Éric Zemmour, en tant que « porte-parole ». Dans l’organigramme, Diane Ouvry figure comme responsable « presse ». Issue d’une grande famille protestante du Havre, où elle a fait des études de droit, elle fut responsable régionale de l’UNI. À partir de 2015, elle a travaillé comme stagiaire à l’Assemblée nationale puis au Sénat, et elle fut ensuite collaboratrice du député LR Jean-François Parigi entre 2017 et 2020. Fin 2020, elle est devenue attachée de presse aux éditions Ring, maison qui a publié des auteurs d’extrême droite comme Laurent Obertone, le youtubeur Papacito ou le dessinateur Marsault, et mise en vente en mai 2021.

Contactée par Mediapart, elle n’a pas donné suite.

Stanislas Rigault (Génération Zemmour, coordinateur national)

Le président de Génération Zemmour, omniprésent sur tous les plateaux télé depuis la rentrée, est étudiant en droit à l’Institut catholique de Vendée (ICES) et intervenant à l’IFP (Institut de formation politique), l’école qui s’est fait une spécialité de former les cadres de la droite de la droite.

Ce fils de militaire, né à Angers, est aussi le cofondateur du journal L’Étudiant libre en 2019. Un journal qui se présente comme le dialogue entre les droites, mais qui a surtout mis en valeur l’extrême droite la plus radicale ces dernières années.

Le site du média étant en maintenance ces dernières semaines ne permet ainsi plus d’accéder aux entretiens très complaisants passés avec Alain Escada, de Civitas, ni aux interviews de Génération identitaire. Dans une vidéo encore accessible, on peut voir Stanislas Rigault appeler à manifester avec le groupe identitaire contre sa dissolution, finalement décidée par le ministère de l’intérieur au motif de son « idéologie xénophobe » et de sa « volonté d’agir en tant que milice privée ».

L’Étudiant libre a aussi mis à l’honneur récemment le groupuscule parisien Luminis, dans un article très bienveillant titré « Entretien avec Luminis : une association identitaire au service des plus démunis ». Le groupe s’y revendique du nationalisme-révolutionnaire de François Duprat, l’idéologue fasciste et négationniste. Les Luminis organisaient récemment une rencontre sur le suprémacisme blanc avec Lucien Cerise, auteur du livre Le suprémacisme blanc, peuples autochtones et le Great Reset (éditions Culture & racines).

Questionné, Stanislas Rigault a affirmé ne plus très bien se souvenir de cet entretien publié le 19 mars 2021. « Je n’ai pas une très bonne mémoire mais je crois que c’est une association communautaire identitaire. C’est une autre façon de faire de la politique », assure-t-il. Lorsqu’on lui rapporte leur filiation avec François Duprat et leur intérêt pour le suprémacisme, il botte en touche : « Je ne partage pas ces idées-là, faire un entretien avec une organisation, cela ne veut pas dire la soutenir. »

L’entretien que Mediapart a pu récupérer, malgré sa suppression en ligne, se termine pourtant sur cette question : « Comment peut-on vous soutenir ? », à quoi le représentant anonyme de Luminis répond que les dons par Paypal sont les bienvenus. Comme Stanislas Rigault l’explique souvent, son journal dont il ne s’occupe plus depuis trois mois a été l’occasion de parfaire son éducation politique en faisant de belles rencontres…

Johanna Humphrey (matériel de campagne) et Eléonore Lhéritier (sites et réseaux sociaux)

Deux autres noms figurent dans le listing, associés à Génération Zemmour, le mouvement de jeunesse qui soutient le polémiste : Johanna Humphrey, chargée du matériel de campagne, et Eléonore Lhéritier, chargée de la création des sites et réseaux sociaux.

Contactées par Mediapart, toutes deux reconnaissent leur rôle, mais indiquent ne pas vouloir s’exprimer sur le sujet dans les médias. « Oui, confirme Johanna Humphrey, mais ça ne m’intéresse pas du tout de vous parler. » « Je ne souhaite pas spécialement avoir d’échanges avec les médias pour le moment », a indiqué Eléonore Lhéritier, ajoutant : « Malgré ce qu’on peut faire “dans l’ombre”, tout le monde ne souhaite pas forcément avoir un contact avec les médias. Après, ça ne change rien par rapport à mon implication, à ce que je fais quotidiennement pour essayer de porter la candidature d’Éric Zemmour. »

Aaron Bouadana (recrutement des ambassadeurs en Occitanie)

Après avoir été contrôleur de gestion au groupe Bayard Presse, Aaron Bouadana est rentré au cabinet de conseil Ernst & Young en 2014, où il est devenu en 2019 directeur de mission en audit financier. Originaire de Toulouse, il figure dans le listing comme responsable « recrutement ambassadeurs Occitanie », une région où Éric Zemmour a de nombreux soutiens. Contacté par Mediapart, il n’a pas donné suite.

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